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  • Isabelle Delcourt

Garder le Cap

Dernière mise à jour : janv. 22

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! »

Quand on est amoureux, que la vie est belle, on voudrait comme Lamartine que tout s’arrête et que ces moments de grande félicité durent toujours.

Quand on vient de traverser 2020, on voudrait au contraire se projeter dans l’après Covid, dans ce monde merveilleux que sera le retour à notre vie d’avant.

Avant/Après, notre relation au temps est rarement apaisée.

2020 a été une année que j’ose appeler extra-ordinaire.

Tout a été mis en danger : la sécurité affective avec le risque de perdre ou d’avoir perdu un proche, un ami, un parent ; la sécurité économique avec le risque de perdre ou d’avoir perdu son emploi ; la sécurité de l’avenir avec l’impossibilité de faire des projets, voire l’annulation de projets. C’est dur, cela l’a été et ça l’est encore. Pourtant si vous êtes en train de lire cet article c’est que vous êtes vivant ! et ça, ça n’a pas de prix !


Beaucoup de concepts auxquels nous adhérions en théorie sont devenus réalité et un nouveau paradigme s’est imposé en 2020: vivre maintenant ! Non pas dans l’urgence mais dans la saveur du moment. Et oui ! Au risque de vous envoyer des platitudes, évidemment il faut parler de la puissance du moment présent. Qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas de ne plus élaborer de projets. Il est bon et même souhaitable d’anticiper, mais pas au prix d’en oublier de savourer l’ici et le maintenant. Et surtout de se contenter (Santosha) de ce qui est aujourd’hui, faisant de chaque journée une journée sacrée. En 2020, nous n’avons pas eu le choix. Nous sommes allés de l’avant, un pas après l’autre, dans une grande conscience de la préciosité de chaque moment présent qui seul nous a permis de traverser cette crise !


2020, l’année de l’effeuillage : de petites morts en petites morts, peut-être et je l’espère, sommes-nous parvenus à effleurer un petit bout de l’essentiel. C’est quoi l’essentiel ? Sans doute cette énergie de vie qui nous habite, cette énergie de croissance que l’on observe dans la nature et qui fait que l’univers nous survivra.

Parmi les petites morts de cette année, je citerai :

- Je suis plus que mon job : « quand je ne suis pas mon job, qui suis-je ? »

- Je suis plus que mes croyances : « quand je ne suis pas mes pensées, qui suis-je ? »

- Moins consommer : c’est bon pour la planète, tant mieux !

- Moins posséder : ça m’allège, je me sens libre, tant mieux !

- Moins attendre de demain : tout est déjà là !


Enfin, avec ces nombreuses périodes de confinement, 2020 aura été l’occasion de prendre du temps pour s’asseoir, faire silence et laisser la conscience voyager vers ses territoires intérieurs. Nous sommes passés du faire à l’être. Peut-être au départ un peu contraint, puis au fil du temps peut-être avec volupté. Sans doute ce retour à soi s’est-il désormais ritualisé, imposé, enraciné comme une composante vitale de notre fonctionnement car en prenant le temps d’aller vers l’intérieur nous pouvons donner le plus juste de nous-même à l’extérieur.

Alors, oui ! malgré les vicissitudes et les difficultés, j’ose rendre grâce et dire merci!

Gratitude pour chaque petit pas posé sur cette route si pénible, si anxiogène !

Gratitude pour nos capacités d’adaptation !

Gratitude pour l'apprentissage de la confiance !

Gratitude d'être là! vivant, vivante!

2020 nous a appris que nous sommes plus forts que nos peurs. J’ai envie de dire Om ! Amen !


A l’heure où j’écris ces mots, quel regard pouvons-nous décemment poser sur 2021 qui se teinte déjà des couleurs de l’année passée ? Peut-on légitimement continuer à dire merci pour tous ces apprentissages dans la douleur, dans la crainte, dans la résilience ? On voudrait une pause ou au moins une idée de quand tout ça va s’arrêter. A nouveau nous retombons dans les pièges du temps et de nos projections mentales ….


Le yoga nous enseigne comment nous détacher de tous les fruits de la Présence pour ne cultiver que la Présence. Avec foi et persévérance, cultivons ce cœur à cœur tout simplement et faisons de 2021 un nouveau terrain d’expériences.


Je vous souhaite tout le meilleur pour cette nouvelle année.